Après une bien vilaine chute en forêt d’Anlier lors des 3 jours des deux Luxembourg, je décide d’aller quand même disputer les 5 jours d’Italie au sud des Dolomites, près de Trente. Je sais bien qu’en même temps, il y a les championnats du monde junior, mais, pour l’instant je n’ai pas d’idée précise sur le sujet. 

Le prologue, le 27 juin, se dispute dans les rues de Baselga di Pine. Pour mon malheur, je me suis inscrit sur un circuit long, mes vertèbres cervicales vont-elles le supporter ? Je pars très lentement, mais voilà qu’un drone me suit, pfff… Il fait une chaleur terrible et d’ailleurs, Pierre Willems (Lost), seul autre Belge engagé préfère renoncer quand il voit qu’il faut encore gravir tout une colline. À ma surprise, je suis quand même 60ème sur 92. Je me demande bien ce que les autres ont pu faire pour aller encore plus lentement que moi.  

Au centre de course, je discute avec deux gardes forestiers. ‘’Vous craignez les feux de forêt ? Dis-je’’. ‘’Non, on nous a demandé de renforcer les forces de l’ordre, il y a quand même une équipe israélienne et une autre, turque…’’ répond-t-il. Je me dis qu’en orientation, on est quand même entre gens civilisés et, en effet, il n’y aura pas d’incidents 

Les élites ont un model event sur le même terrain, mais, pour l’instant, je m’en soucie peu. 

Le 28 juin, nous avons une longue distance, à 50 kms du centre de course. Je suis extrêmement prudent, ne fais qu’une minute d’erreur et suis 17ème sur 29 en H65.  Vu la chaleur, je décide de ne pas aller voir le relais sprint du championnat du monde. Les Belges (Sarah Rooman, Mats De Smul, Louis Bourgeois –Hoc- et Maya Renard) y sont 34èmes sur 68 équipes et 19ème sur 35 en tant que première équipe d’un pays. 

Le lendemain, course sprint. Je me dis que je vais quand même m’intéresser à ce championnat du monde d’autant que celui-ci a lieu le matin tandis que nous courrons l’après-midi sur le même terrain. Je suis tout enthousiaste, essaie de reconnaître les nations au travers des maillots, demande un autographe au Tchèque Bolehovsky, champion du monde la veille, fait un selfie avec un coureur italien, photographie l’équipe colombienne…et finit par tomber sur Maya Renard, qui m’indique où sont les Belges. Je suis bien accueilli par le toujours avenant Rune De Clercq et Willem Bakelants, qui fait office de coach pour les coureurs Frso. Voilà que Jorn Kennis fait une performance ahurissante : 9ème sur 180 ! Il avait particulièrement bien préparé son affaire, sur base d’anciennes cartes, sachant où tout se trouvait dans le village. Impressionnant ! Arnaud Mazy (C.O.Liège) est assez satisfait de sa course (63ème). ‘’J’ai pris le bon tempo dès le début, je ne me suis pas grillé et le résultat est correct’’. Mathis Brouwier (Hermathenae) est 105ème : ‘’je suis parti prudemment, mais je ne suis jamais parvenu à passer à la vitesse supérieure’’. 

Voilà mon tour de courir, il me reste 20’ et je décide d’aller uriner aux toilettes plutôt que me donner en spectacle dans un coin du village. J’entre dans ladite toilette, je me dis ‘’attention à la boussole et au pointeur SI’’, je les change de mains et plouf, voilà mon SI card dans le fond de la cuvette des WC ! 

Impossible de le récupérer, je cours vers les 3 magasins présents, mais ils n’en vendent pas, demande aux organisateurs s’ils veulent bien faire des investigations (hum !) et finit par leur louer une puce traditionnelle. J’arrive donc tout énervé au départ, mais, paradoxalement, réalise ma meilleure course de la semaine : 9ème sur 30 ! 

Le 30 juin, comme c’est journée repos, je m’en vais marcher en montagne, pour être un peu au frais puis, vers 16h30, je vais au Trail O ou orientation de précision. Là, on me dit, vous n’êtes que 3 inscrits plus 4 personnes à mobilité réduite. Je fais mon parcours, pas trop mal me dis-je puisque je suis crédité de 14 points sur 20. On me dit qu’il y aura une remise des prix après celle de la longue distance des Jwoc, disputée aujourd’hui aussi, vers 18h30. 

Rune De Clercq y est excellent 36ème, mais il espérait encore mieux. Nos sociétaires de la Frso, Mathis, Louis et Arnaud sont 60, 75 et 83èmes sur 172. Ce n’est pas mal du tout. 

Me voilà donc à la remise des prix. Les délégations sont là, impeccablement revêtues de leurs tenues nationales. Les Tchèques, Suisses et Suédois sont en haut de l’affiche ! Mais, au fur et à la mesure de la remise des prix, je m’enfonce dans ma chaise en me disant qu’un clampin comme moi ne va quand même pas monter sur le podium après tous ces authentiques champions…Je réajuste ma veste du C.O.Liège le mieux possible, étudie comment monter sur le podium et voilà que le speaker annonce les résultats : rien du tout pour moi, certains se sont rajoutés au dernier moment et le Croate qui gagne a 20/20 ! 

Le 1er juillet, c’est jour de repos pour les juniors, mais ils ont un entraînement. Je décide d’aller rendre visite à l’équipe nationale, avec l’approbation du coach principal : Benjamin Anciaux. 

Quelle n’est pas ma surprise de voir que dans leur hôtel, il y a aussi les équipes lituanienne, irlandaise, française, japonaise, polonaise et espagnole plus l’équipe de football de Vicenze, équipe professionnelle qui joue en 3ème division italienne. 

C’est le débriefing de l’entraînement, que mène avec tact Benjamin. Demain, ce sera la moyenne distance. Il trouve les mots pour motiver les coureurs : ‘’nous pouvons y croire, nous pouvons le faire, à l’inter nations, nous sommes devant des équipes comme l’Autriche’’. Il rappelle aussi que ‘’chaque poste à poste est une nouvelle course, qu’il faut parfois pouvoir s’arrêter 3, 4 secondes pour bien choisir son cheminement et qu’il faut tenir compte de plusieurs éléments de terrain’’. Tout se fait en anglais. Certains disent qu’il faut éviter le jaune. Rune De Clercq se dit que s’il y a une trace, autant la suivre.  

En prenant congé de l’équipe belge, je vois les Japonais, qui écoutent religieusement leur coach. Je prends un verre de vin blanc, pour 1,5 €, et rentre à mon appartement. 

Le lendemain, je reste pour suivre la moyenne distance d’autant que le speaker sait mettre le suspense et que, sur le grand écran, on suit très bien la progression des coureurs. C’est au tour de Mats De Smul de se mettre en avant : 29ème sur 180 ! Ça tombe bien puisque ses parents et ceux de Rune sont arrivés. Je reçois mon T-Shirt ‘’Orienteering Team Belgium’’. Me voilà un vrai supporter belge ! Rune, justement, est déçu, il est 50ème : ‘’je n’ai pas compris la limite de végétation du côté de la balise 16’’. Il n’est pas le seul, le Suisse Berger, 2ème, dit la même chose. Mathis est 82ème : ‘’j’ai mal géré les postes 3,4,5, je n’ai pas compris le relief’’. Louis est 105ème : ‘’au début, ça allait bien, j’avais de bonnes sensations, mais j’ai bien perdu 4 minutes à la 16’’. Arnaud est extrêmement déçu (120ème) :’’au début, j’ai fait une petite faute de 20’’ puis tout a été de travers et je me fracasse aussi sur la 16’’. J’essaie de le remotiver en lui disant qu’un jour n’est pas l’autre… 

Je salue aussi Olivier Coupat, le coach français à qui je rappelle la victoire à Virton lors de la coupe d’Europe junior 2023 que nous avions organisée. ‘’Très bon souvenir’’, me dit-il, avec un sourire jusqu’aux oreilles. 

Je demande, pour le lendemain, un déjeuner à 9h, j’ai bien le temps, je ne cours que vers 16h, j’irai, fin de matinée, voir l’arrivée du relais des Jwoc. Sauf que, vers 9h30, je regarde distraitement l’évolution du classement sur mon smartphone et je vois Louis Bourgeois 10ème, incroyable ! Je m’active, me dit que ce n’est pas possible, qu’ils vont craquer. Or, quand j’arrive, je vois Louis faire des bons de joie. Arnaud a parfaitement tenu le choc et Mathis, dernier relayeur, est annoncé 7ème ! Il passe au poste spectateur, avec le n°1 français et le n°2 suisse à ses basques. Il est parfaitement à l’aise et, visiblement, ne doute de rien. Nous voilà 7ème sur 34 à l’inter nations et 9/59 au nombre d’équipes puisqu’on peut engager plusieurs équipes. D’ailleurs, l’autre équipe belge est 22ème, Jorn Kennis reconnaissant un déficit physique dû à une blessure qui ne lui a pas permis de s’entraîner suffisamment. 

Je demande à Louis comment il a fait pour prendre le bon wagon au départ. ’’Non, dit-il, je n’ai pris aucun bon wagon. J’étais 42 ème au premier poste, je n’ai fait que remonter ensuite ‘’. Jusque la10ème place donc. Quel toupet ! 

Nous avons donc des orienteurs qui ont un physique d’enfer et qui ont gommé de leur tête tout complexe vis-à-vis des grandes nations, ils n’ont donc pas craqué psychologiquement.  

Tout ceci est exceptionnel et donne beaucoup d’espoir pour la suite ! 

Ah oui, j’oubliais les 5 jours d’Italie. Pierre Willems, en M65, y a terminé excellent 3ème, 14 secondes devant Kent Ollson, champion du monde élites en 1987…