Lucien, quand as-tu commencé l’orientation ?

Je dois dire que je me demande bien pourquoi tu m’interroges. Je n’ai jamais rien fait de bien particulier. Pour répondre à ta question, j’ai dû commencer à la fin de 1967 ou 1968. J’étais étudiant à l’ULB, je faisais de l’athlétisme et un certain Zdenek Kral m’a proposé de faire de l’orientation. J’ai donc fait une course à l’hippodrome de Groenendael. J’ai trouvé tous les postes. C’était sur une carte IGM au 25000ème.

Tu faisais de l’athlétisme ?

Oui avec Zdenek. Il y avait aussi Freddy Herman. Je faisais du 400, environ 53 secondes (sur piste en cendrée ndlr). Au 4 X 400 mètres, on avait fait 3’27’’8.

Tu ne t’es jamais arrêté ?

Non, j’ai toujours fait au moins une course d’orientation par an. (Lucien en est donc à sa 58 ème saison ndlr). Vers 1970, avec Zdenek, nous avons fondé le Hoc avec quelques infirmiers de l’hôpital de Charleroi où je travaillais et deux gendarmes, dont Bernard Poncé, décédé il y a deux ans. Nous étions une dizaine. Puis, j’ai travaillé à l’hôpital de Tournai et j’ai moins couru. Je me suis rendu compte un jour qu’on m’avait désaffilié du Hoc sans doute vu mon manque d’assiduité. Au début des années 80, j’ai voulu me rapprocher de l’Ardenne et j’ai trouvé un poste à Eupen. Sinon, je suis originaire de Warcoing, près de Tournai. J’ai d’abord repris une licence à l’Hermathenae puis à l’Olve vers 1985.

En fait, je cours plus depuis une petite dizaine d’années, depuis que je suis retraité.

Un très bon souvenir ?

Je n’ai jamais été un crack. À l’époque, le dernier recevait une cuiller en bois, comme au rugby. J’en ai une collection. Je me battais avec un autre pour ça. Une fois c’était lui, une fois c’était moi.

Ta meilleure course ?

Albin Genten avait organisé une course et je l’avais gagnée. Était-ce comme H60 ? En tous cas, cette fois-là, il y avait une vraie opposition.

D’autres souvenirs ?

En 1969, je suis allé avec l’ULB au sud de Prague. Il y avait une course à pied, avec Gaston Reiff et Emil Zatopek, deux anciens champions olympiques. On a fait aussi une course d’orientation avec Gaston, mais pas Emil.

En 1989, j’ai fait la dernière course organisée en Allemagne de l’Est. Les gens étaient perdus, ils ne savaient pas ce qu’ils allaient devenir…

Dans les années 70, aux 3 jours de Belgique, on se lavait dans des mares. Deux semaines après, j’avais une hépatite…

Un jour, j’étais avec mon fils Samuel, qui me suivait. Il devait avoir 12 ans et c’était en Suède. Puis, j’ai perdu Samuel, qui a fini par trouver une ferme. Il a montré sa boussole et le fermier l’a ramené au centre de course…

Qui admires-tu comme sportif ?

Certainement Reinhold Messner, le premier à avoir fait les 14 8000 en alpinisme. Ça m’aurait beaucoup intéressé de faire de l’alpinisme. J’ai aussi fait du football, jusqu’à 55 ans.

Il y a aussi Isabelle Autissier, qui est la première femme à avoir fait le tour du monde en solitaire, à la voile, en 1991.

Ta meilleure qualité, comme orienteur ?

Oh, je n’en ai pas. Si j’avais regardé les classements, je n’aurais pas continué, mais ce sport m’amuse surtout qu’on fait des découvertes, sur de nouveaux terrains. Disons tout de même que je suis persévérant, je n’abandonne jamais.

Un conseil à donner aux jeunes ?

Je n’ai pas de conseil à leur donner. C’est plutôt l’inverse. Corentin me donne beaucoup de conseils.

Ta plus grande fierté ?

Je suis fier de voir les résultats de Corentin ou de mes autres fils, mais je suis très content d’être entouré par tous mes enfants et petits-enfants dans ce sport.

Quel est ton secret ? Qu’est-ce qui fait que tu es toujours là aujourd’hui ?

Je ne sais pas, il m’est arrivé d’avoir des accrocs de santé dans ma vie. Une bonne décision a peut-être été celle de perdre une vingtaine de kilos il y a 20 ans.

Ceci dit, je n’ai plus beaucoup d’adversaire dans ma catégorie (H85). J’aurai 87 ans en octobre. J’aime autant être confronté, comme ici aux 6 jours d’Autriche, à des plus jeunes. La catégorie la plus âgée est H75. Notons d’ailleurs (ndlr) que Lucien les a gagnés, ces 6 jours d’Autriche en H75 alors qu’il est H87 !

Tu faisais quoi dans la vie ?

J’avais d’abord fait la kiné puis j’ai fait la chirurgie généraliste. Ce diplôme n’existe plus aujourd’hui. Comme chirurgien, j’ai aussi fait des missions pour médecins sans frontières et médecins sans vacances.

Une fois, dans un hôpital à Haïti, je descends de ma chambre pour aller opérer au sous-sol et, quand je remonte, je constate qu’on venait de tirer : il y avait des impacts de balles dans ma chambre.

Une autre fois, au Congo, le chef chirurgien me dit : ‘’demain, je ne serai pas là, tu veux bien faire une césarienne, le bébé est mort’’. Je fais donc la césarienne et, en effet, le bébé est complètement inerte.

Que faire avec le corps ? Je le donne à la sage-femme. Dix minutes après, elle réapparaît avec le bébé tout guilleret et bien vivant dans ses bras ! Comment va-t-on l’appeler ? Eh bien, ‘’Lucien’’, bien sûr !’’