Bonsoir Michel, comment as-tu commencé l’orientation ?

J’étais dans une famille d’orienteurs et j’ai commencé à 6 ans et 11 mois avec ma sœur et mes deux cousines. J’étais le plus jeune. Les courses ficelle n’existaient pas encore à l’époque, on a d’abord fait des entraînements à 4, puis à 2 et puis on m’a lâché seul…

Tu aimais bien ?

Oui, mais j’étais aussi passionné de football. Je jouais dans l’équipe de mon village (Pont, ndlr), comme n°10 (soutien de l’attaque, ndlr) et je me suis retrouvé en équipe première. En orientation, j’ai progressé aussi et j’ai manqué de peu la qualification pour les JWOC en dernière année H20 (championnats du monde junior, ndlr). Cette année-là, j’ai quand même pu courir à la coupe des pays latins.

Un exemple pour illustrer cette double passion : en 2003, j’avais déjà une licence dans un club français, balise 25 (en plus de celle de l’Ardoc, ndlr) et nous avons participé aux CFC, le relais des clubs, à Fontainebleau. J’étais 8ème relayeur (sur 10). Je suis parti 5ème et je suis revenu 3èmeet l’équipe a maintenu cette position. Dès mon arrivée, nous avons sauté dans la voiture, roulé à fond et nous sommes arrivés à la mi-temps du match capital pour le maintien de mon équipe de foot. Il fallait absolument gagner et c’était 0-0. J’ai joué la deuxième mi-temps, j’ai marqué et nous nous sommes sauvés !

Pourtant, tu ne joues plus au foot ?

Non, le 30 août 2003, nous avons joué un match de championnat, mais on ne nous a pas beaucoup encouragés à performer, on a été mauvais. Résultat : défaite 0-3… Le lendemain, je m’aligne aux championnats de Belgique élites et je parviens à gagner face à Fabien Pasquasy (alors au sommet de son art, ndlr). Ça a été un déclic, j’ai switché vers la C.O.

Et après ?

Je suis parvenu à me qualifier deux fois pour le championnat du monde élites, en Tchéquie puis en Norvège. En Tchéquie, j’ai fait 17ème en qualification, à 2 places de la finale, mais bon je devais rester lucide, il y avait quand même 4 minutes d’écart. C’est surtout physiquement je n’avais pas le niveau suffisant pour une finale A. J’ai la famille et le boulot, je suis cadre dans une société de paiement bancaire, en Allemagne.

Déjà à l’époque je me suis dit que si je vieillissais bien, je pourrais peut-être rivaliser en masters où il n’y a plus de pros et chacun a également des obligations professionnelles et familiales.

Tu as bien connu Stéphane Dmyterko ?

Oui, je pense d’ailleurs encore souvent à lui (il a été emporté par le Covid en automne 2020, ndlr). Il était mon entraîneur en athlétisme. Il n’était peut-être pas le plus fort techniquement en CO, mais il était génial humainement. En une phrase, il te donnait confiance !

Donc, tu t’es intéressé aux championnats du monde masters ?

Oui, en 2019, en Lettonie, j’ai terminé 5ème de la moyenne distance à 2’ du vainqueur. J’avais 3 Lettons devant moi, qui connaissaient très bien le type de terrain, et je ne travaillais pas encore avec le SIAC. Je me suis dit qu’à l’avenir, ce serait peut-être possible. Je me suis fixé comme objectif de gagner un jour ces championnats du monde.

Ton entraînement ?

Je sors 5 à 6 fois par semaine toute l’année. Ça qui fait environ 60-70 km avec pas mal de dénivelés. Je fais aussi du vélo et si possible du ski de fond, pour préserver mes genoux.

Et puis vient le championnat du monde en Slovaquie en 2023 …

Oui, je m’étais très bien préparé physiquement et je suis à l’aise sur terrain karstique, j’ai fait une très bonne course et j’ai gagné la longue distance en M45.

Face à l’épouvantail de la catégorie, Petteri Muukkonen, qui valait 30’24’’ au 10000 m !

Oui et moi, je ne suis jamais descendu en-dessous de 35, mais ma morphologie et mon entraînement me permettent d’être à l’aise dans les enchaînements montée/descente et j’ai aussi une bonne technique de course en à travers tout.

Et cette année, en Catalogne ?

Je savais qu’il allait faire chaud. Je suis allé courir beaucoup dans la chaleur, notamment dans le sud de la France où j’ai passé une semaine avec plusieurs sorties sous le cagnard, vers 11h et sans eau. J’ai aussi couru les 3 jours de l’O2Lux et la nationale LD de Balise 10 en élite où il faisait très chaud. Une chaleur sèche, ça me convient, j’étais donc confiant de ce côté.

Au départ de la longue distance, j’ai vu Muukkonen avec un camelbak, il n’avait pas l’air confiant.

Je m’étais fixé comme stratégie de suivre les chemins et je m’y suis tenu. J’ai peut-être perdu un peu de temps au début, mais ça m’a permis de préparer la suite. Une petite erreur de 40’’ sur la fin, mais je gagne avec 4’ d’avance…

Donc, te voilà double champion du monde masters et une fois champion de Belgique élites, d’autres titres ?

J’ai été champion de Belgique H12 et 25 fois en masters, mais j’aime tout ce qui est effort d’endurance : j’ai été aussi champion de Belgique masters en course de montagne, 3ème du championnat d’ultra trail et suis allé aux championnats du monde scolaire de ski de fond…

Je suis assez fier d’avoir encore pu rivaliser avec les jeunes aux championnats de Belgique de moyenne distance cette année. (Deuxième, ndlr !)

Ta recette ?

J’arrive à minimiser les fautes, j’ai une grosse fréquence d’utilisation de la boussole et j’ai une bonne lecture du relief, je joue régulièrement à ‘’Catching features’’et je n’arrête pas de lire des cartes. Je coupe souvent avec la CO en fin d’année ce qui me redonne l’envie en début de saison.

Te voilà aussi coach des juniors !

Non, non, je ne me considère pas comme coach, je n’ai pas assez de temps pour ça. On a une génération très forte physiquement. Je leur dis de ne pas courir trop vite, d’investir dans leur technique

d’orientation. Je les prépare sur leur stratégie. J’insiste aussi beaucoup sur le fait qu’ils doivent prendre du plaisir. ‘’Prends du plaisir et ça ira !’’ leur dis-je. On doit être concentré, mais pas stressé.

Tes routines ?

Avant une course importante j’ai une routine assez complète, qui inclut même les listes de morceau de musique que j’écoute.

Ma génération a beaucoup appris de la manière de s’orienter développée par Thierry Gueorgiou (je le considère un peu comme le Fosbury de l’orientation, tant son impact sur la techn

ique de notre sport a été important).

En général j’ai 4 mots clés :

1.Visibilité, chercher des zones d’où je verrai plus facilement les postes.

2.Bons points d’attaque.

3.Lever la tête, donc voir les éléments.

4.Ralentir en approche du poste.

Et aussi : amusement et agressivité face au terrain, se battre dans des terrains peu commodes.

Et enfin, les 3 premiers postes doivent être bétonnés !

Merci Michel, je vois que tu es passionné, on pourrait encore parler des heures. F élicitations et bonne chance à toi !

Propos recueillis par André Pierlot.