L’auteur, Mathias Blaise, C.O.Liège et CA Rosé (Suisse), nous relate son voyage d’une décennie au sein de l’équipe belge de course d’orientation. Rappelons que Mathias a pris une remarquable 19ème place aux derniers championnats du monde longue distance.
Cet article a déjà été publié dans la revue suisse de course d’orientation, mais Mathias nous autorise à le publier ici. Mathias vit du côté de Fribourg. Sa maman, Renate Thys, est belge et donc lui aussi, en plus d’être suisse. Ses parents, Renate et Blaise Marclay, l’ont bien aidé, nous dit-il, dans la rédaction de l’article.
Petite nation sur la scène internationale, la Belgique tente depuis des années de trouver sa place en course d’orientation, où la performance repose autant sur la qualité de la formation que sur la stabilité des structures. En tant que membre de l’équipe nationale depuis près de dix ans, j’ai pu observer de l’intérieur une série de difficultés et de défis structurels auquel le haut niveau belge doit faire face encore aujourd’hui.
Une structure nationale fragmentée ; deux fédérations
L’un des premiers obstacles est d’ordre institutionnel. En effet, sans entrer dans les détails, il existe deux fédérations distinctes pour la course d’orientation dépendant pour l’une de la communauté Wallonie-Bruxelles (FRSO – Fédération Régionale des Sports d’Orientation) dont je fais partie et l’autre de la communauté flamande (OV – Orienteering Vlaanderen).
Cette organisation, reflet du fonctionnement politique du pays, a des conséquences directes sur le sport : il n’existe à proprement parler pas d’équipe nationale, ni de structure nationale, ni de coaches nationaux, ni de budget national. Les moyens financiers sont propres à chaque fédération et sont utilisés pour les athlètes de ladite fédération.
Cette fragmentation se ressent également dans la recherche de sponsors. Attirer des partenaires financiers au niveau fédéral est déjà un défi pour un sport de niche ; le faire dans un contexte où l’image, la communication et les projets sont portés par deux entités différentes rend l’exercice encore plus complexe.
Une collaboration parfois fragile
Les relations entre les deux fédérations sont marquées par des périodes d’entente et de tensions successives en fonction des instances dirigeantes. En tant qu’athlète basé à l’étranger, je ne suis pas toujours directement confronté aux conséquences de ces désaccords, mais leur existence a indéniablement influencé le climat général et la vitesse à laquelle certains projets ont pu avancer.
Il faut toutefois relever que l’entente entre les athlètes des deux fédérations est très bonne et que la plupart d’entre eux sont en faveur d’une structure nationale unique pour les élites.

Photos from the finish area at the World Cup Middle distance on June 21 in Idre Fjäll
Le défi humain : encadrer sur le long terme
Au-delà des moyens financiers, le facteur humain constitue un enjeu majeur. Trouver des personnes qualifiées pour entraîner, planifier et accompagner les athlètes sur le moyen et le long terme est extrêmement difficile. La quasi-totalité de cet encadrement repose sur le bénévolat, ce qui limite inévitablement la disponibilité, la continuité et la capacité à construire des projets durables. Il n’est pas rare que les athlètes doivent s’occuper eux-mêmes de la logistique (logements, transports, etc.) d’une coupe du monde.
Dans notre sport, où l’expérience, l’analyse et la transmission du savoir sont essentielles, ce manque de stabilité dans l’encadrement est un frein important à la progression collective.
Heureusement, chez les juniors, cela fait maintenant quelques années que les mêmes personnes sont engagées ; les résultats parlent d’eux-mêmes : le vivier junior s’élargit suscitant ainsi motivation et saine concurrence pour prendre part aux grands rendez-vous internationaux. Depuis maintenant quelques mois, les élites ont un nouveau coach en la personne de Wouter Hus (ancien élite, 15ème aux EOC sprint en 2025). Avec son entrée en fonction, le changement de dynamique se fait déjà ressentir et un nouvel élan de cohésion souffle entre les deux fédérations. En tant qu’athlètes nous avons hâte de voir ce que 2026 nous réserve !
Des sélections nationales délicates à organiser
L’organisation des courses de sélection pour les compétitions internationales constitue un autre défi de taille. Dans un pays divisé en deux fédérations, chacune souhaite légitimement défendre les intérêts de ses athlètes. Outre le format, qui est légèrement modifié chaque année, les courses faisant office de sélection sont toujours source de débats et de tensions. Il n’est pas rare que nos sélections forêt soient organisées en France, afin d’offrir un terrain « neutre » sur lequel ni les athlètes wallons, ni les athlètes flamands n’auraient un avantage sur les autres. C’est d’ailleurs pour cette raison que beaucoup de nos courses de sélections ont eu lieu dans le Jura. Les courses de sélection sprint, quant à elles, ont été principalement organisées lors de l’ASOM ces dernières années.

Le passage critique des juniors aux élites
Sur le plan sportif, la transition entre les catégories juniors et élites reste un moment critique. La Belgique peine à conserver l’ensemble de son vivier de jeunes talents lors de ce passage, souvent synonyme d’études, de contraintes professionnelles accrues et d’exigences sportives plus élevées. De nouveaux critères ont été introduits en 2025 afin de faciliter cette transition, signe d’une prise de conscience, mais les effets de ces mesures devront encore être évalués sur le long terme. En effet, en 2025, la Belgique a obtenu plus de places que les années précédentes en départ de coupe du monde. Ces deux nouvelles places sont réservées prioritairement aux athlètes U23, qui ont un système de sélection séparé des élites plus âgés.
Un terrain d’entraînement limité
Enfin, le contexte géographique et réglementaire belge impose des contraintes importantes. L’accès aux forêts est fortement restreint (interdiction de quitter les chemins) compliquant ainsi l’organisation d’entraînements locaux réguliers et variés. Cette limitation influence directement les choix de spécialisation et explique en partie l’essor du sprint, notamment en Flandre, où l’environnement urbain – sans les restrictions de la forêt – offre davantage de libertés pour l’organisation d’entraînements ou/et de compétitions.
Ces défis, structurels, humains et environnementaux, dessinent le cadre dans lequel évoluent les orienteurs belges de haut niveau. Ils n’enlèvent rien à l’engagement des athlètes et des bénévoles, mais rappellent que la performance internationale ne dépend pas uniquement du talent individuel. Elle est aussi le reflet d’un système, avec ses forces, ses contraintes et ses marges de progression.
Il est à préciser que sans un investissement financier personnel important et majoritaire (frais de déplacement, logement lors des compétitions, achat des cartes d’entraînement, financement d’un entraîneur, …) le haut niveau n’est pas atteignable en Belgique. Pour ma part, je mesure ma chance d’habiter et de m’entraîner en Suisse, de pouvoir compter sur le soutien d’athlètes suisses passés et présents. Merci Térence, merci Pascal, merci Tom, merci Bernard (mon coach), merci François qui m’a permis de participer à certains entraînements de l’équipe suisse à l’occasion des WOC 2025.
Pour prolonger cette petite note suisse, en tant que membre de l’équipe belge, cela fait toujours un petit quelque chose de voir l’équipe suisse au complet débarquer sur les model events ou dans les quarantaines : ils sont si nombreux, tout le monde les connaît, certaines légendes sont là depuis plus longtemps que nos coaches (salut Dani). On les regarde de loin, des étoiles dans les yeux, en se demandant comment ils font pour être aussi calmes et sereins dans un environnement d’avant compétition aussi stressant. Puis finalement on les voit à la WOC Party, on ose leur parler et l’on se rend compte qu’ils ne sont pas si différents des Belges…