Introduction
En 2025, la Belgique a eu l’honneur d’accueillir à Hasselt les Championnats d’Europe de sprint de course d’orientation (EOC25), un événement majeur qui s’ajoute aux toutes premières compétitions internationales organisées par le passé sur notre territoire (l’étape World Cup non-officielle en 1983 à Couvin, les JWOC 1997 à Leopoldsburg, la manche de coupe du monde à Chiny/Arlon en 2002). Après avoir été tour à tour spectateur, athlète lors de ces compétitions en Belgique, j’ai eu cette fois l’opportunité d’être traceur de circuits, un rôle aussi exigeant qu’enrichissant et proposé par Jeremy Genar, Event Director de l’EOC25.
Contexte et enjeux
L’organisation d’un championnat de cette ampleur nécessite un travail d’équipe de plusieurs années, impliquant des experts nationaux et internationaux, des conseillers IOF, des contrôleurs, des cartographes et d’autres spécialistes. Un travail de longue haleine avec un objectif commun : concevoir des circuits répondant aux normes internationales, stimulants pour les athlètes et attractifs pour les spectateurs et ce, tout en mettant en valeur les villes hôtes.
Initialement chargé du sprint relais, j’ai également été chargé de concevoir les circuits des qualifications et finales du sprint individuel à la suite de désistements. Au total, le travail de ces dernières années était important avec pas moins de neuf circuits à élaborer.
Les discussions et échanges d’avis entre plusieurs experts techniques, toujours réalisés dans un cadre de confidentialité stricte et via des outils sécurisés, peuvent parfois diverger mais sont toujours restés très constructifs tout au long de la préparation. Diverses contraintes — qu’il s’agisse des autorisations, de la sécurité, de l’accessibilité (zones de quarantaine, d’arrivée, de départ, etc.), des aspects télévisuels ou encore des aspects liés à l’équité — doivent impérativement être prises en compte. En définitive, en cas de propositions contraires, c’est le traceur qui prend la décision finale et assume la responsabilité finale.
Le rôle du concepteur de circuit dépasse largement la simple pose de balises sur carte : le traceur veille aussi au bon déroulement de la course le jour J, par exemple en s’assurant de la bonne disposition des éventuelles barrières artificielles et du positionnement des nombreux stewards sur le terrain, etc.
Différents formats, différentes philosophies
Le véritable enjeu n’était pas de disposer sur carte des balises les unes après les autres pour concevoir un circuit mais plutôt de définir ce que l’on souhaite en terme stratégique pour chacune des épreuves. Souhaitons-nous un relais sprint qui se joue à l’ultime seconde, une qualification sprint à prédominante physique ou au contraire plus technique, une finale sprint avec un passage à l’Arena à mi-course avec déjà des écarts importants entre les athlètes ? Que souhaitons-nous voir, quel ‘’storytelling’’ souhaite-t-on en fonction également du terrain à disposition pour chacune des épreuves ?
Après avoir défini les éléments stratégiques, il est nécessaire de déterminer comment y répondre en choisissant les zones de compétition et les aspects techniques adaptés. Enfin, l’étape de validation sur terrain et / ou par des calculs de vitesse moyenne kilométrique est impérative. Elle permet de s’assurer que les hypothèses initiales seront valides le jour de l’événement.
Chaque format de course obéit à une logique spécifique, résumée ci-dessous.
Relais Sprint
L’objectif était clairement défini : encourager les changements de leader tout au long de la course. Contrairement aux éditions antérieures, le concept visait à introduire une diversité de variations et de types de forkings (variations, ndlr) facilitant les interactions, en particulier dans le centre urbain composé de multiples ruelles et de nouvelles zones privées exceptionnellement ouvertes pour l’événement.

Exemple de cheminement et de combinaisons pour le Relais Sprint EOC25
Qualifications et Finales Sprint
Bien que le terrain de Lier soit – d’un premier abord – peu technique, le souhait était que – pour les deux courses (qualification et finale du sprint) – la différence entre les athlètes se fasse techniquement.
Souvent jugés plus « faciles », il était important pour les qualifications d’offrir à un maximum de coureurs un parcours de qualité. Les préceptes théoriques suivants (entre autres) ont donc été retenus pour les deux épreuves à savoir :
- Beaucoup de balises ;
- Différents types de choix de cheminements (courts et longs de manière proportionnée) ;
- Choix de cheminement pour chacune des balises ;
- Nombreuses barrières artificielles (également pour des raisons d’équité) ;
- Ouverture de nombreuses zones privées (plus de 60 portes ouvertes pour les deux épreuves) ;
- …
Pour la finale, de manière à favoriser la lecture de carte, plusieurs map flips (retournements de carte) et un map exchange (changement de carte) ont également donné une dimension technique supplémentaire… À noter que le vainqueur masculin, le Français Mathias Barros Vallet, s’est préparé avec plus de 80 sprints cette année, incluant des exercices de retournement de carte ; ce qui lui a permis d’anticiper certains choix de cheminement et de participer ainsi à son succès.
Méthodologie
Il n’existe pas de « méthode unique » ; chaque traceur développe ses propres techniques personnelles. Ce qui importe, c’est le résultat obtenu, c’est-à-dire la cohérence entre la stratégie adoptée et le déroulement réel de la course, telle qu’elle a été vécue par les athlètes et les spectateurs le jour J.
Pour ma part, j’ai adopté deux méthodes différentes pour travailler sur chacun des circuits.
- L’étude des cheminements combinés : chaque balise proposant un choix de cheminement (principe du sprint), qui peut influencer non seulement la durée du segment en cours, mais aussi au minimum celle du segment suivant. Ainsi, aucune option de cheminement n’est analysée / conçue de façon isolée. Lors de la finale du sprint EOC25, le choix du segment 6-7 dépendait de celui pris entre 5-6, notamment à cause de la haie et de l’escalier qui ont ralenti certains concurrents. Le trajet 6-7, clairement indiqué par la droite, poussait ensuite vers un mauvais choix pour le long segment 7-8, où le chemin le plus efficace, bien qu’opposé à la direction générale (180°), était difficile à anticiper.


Analyse et interactions des cheminements des balises 5 ;6 :7 ;8 – Finale Sprint EOC25
- Identification préalable d’un ou plusieurs itinéraires clés avant la mise en œuvre du reste du circuit. Dans l’exemple de la qualification sprint, le segment long (commun entre toutes les qualifications dames et hommes) entre les balises 4 et 5 a été imaginé dès la conception initiale du parcours, influençant ainsi le reste du tracé des circuits.

Long cheminement – Qualification Sprint EOC25
Des villes qui évoluent…
La principale difficulté dans la gestion des tracés sur une période de 2-3 ans réside sans doute dans l’évolution permanente du paysage urbain. Entre constructions récentes, rénovations, ou modifications d’accès, même à quelques jours des EOC25, des changements imprévus ont nécessité de revoir les parcours parfois même jusque dans les moindres détails ! L’ouverture de zones privées complique également la tâche, avec la rénovation de certaines cours d’école ou l’ajout de nouvelles plaines de jeux, par exemple. Tout cela constitue un défi logistique et humain… souvent source de stress à l’approche de l’événement.
Gestion des stewards, barrières artificielles, …
Comme indiqué précédemment, le traceur assume la responsabilité des barrières artificielles, du balisage des zones interdites et de la répartition des stewards sur le terrain, qui comprenaient plus de 100 bénévoles pour chaque course. Cette organisation n’a pu être assurée qu’avec l’appui de responsables de secteurs expérimentés — notamment grâce à l’expérience acquise lors des dernières éditions de l’ASOM — ainsi que par l’intégration et la gestion de l’ensemble des dispositifs dans une base de données SIG spécifiquement conçue pour chaque épreuve.

Gestion SIG des bénévoles, zones interdites, etc.
Une réussite collective…
Il convient de mettre en avant le rôle essentiel et les compétences managériales exceptionnelles de Jeremy Genar. En tant qu’Event Director, il a su orchestrer et mettre en œuvre tous les aspects nécessaires à la réussite de cette organisation, tant sur le plan technique qu’humain. Via sa société KONO, il a pu créer des liens forts entre les clubs et fédérations belges. L’EOC25 a favorisé la création de synergies, resserré les liens et ouvrira la porte à de futures collaborations dans notre petite communauté de la course d’orientation belge.
Fabien Pasquasy

Liens utiles EOC25
Sprint Relay : Analyse complète sur WorldofO
Finale Sprint : Analyse finale sur WorldofO
Worldofo (great) Map Viewer app (including Sprint Final) : https://omaps.worldofo.com/modern/viewer.php?id=374753
Route to Christmas (Worldofo) : https://news.worldofo.com/2025/12/21/route-to-christmas-day-21-2025/
Présentation IOF (Clinic Event Advisor) sur l’élaboration des parcours Sprint Final : Présentation officielle
Vidéo IOF (Clinic Event Advisor) sur l’élaboration des parcours Sprint Final : https://youtu.be/SK4oM8zDOJ8?si=jZyC4uddTGL95C00&t=96
EOC25 official website (live centre and bulletin) : https://eoc2025.be/
Live IOF centre : https://orienteering.sport/event/european-orienteering-championships-3/sprint/
IOF Eventor : https://eventor.orienteering.org/Events/Show/7552
Sources et crédits
Worldofo : Jan Kocbach / Matthieu Puech
Photos : Christophe Amerijckx